OFFDEM 5-6 mars 2022

posté le 28/02/22 par natacha
lieu : KBC
adresse : 14 av du port, Bruxelles

collectifzoneneutreoccupationkbc
Mots-clés  alternatives  féminisme  histoire / archive  luttes numériques / internet  solidarité  projection / débat / concert  réflexion / analyse 

Bonjour à tou.te.s

L’OFFDEM (OFfline Free software Developer European Meeting) organisé par les petites singularités sera accueilli les 5 et 6 mars par le collectif Zone Neutre sur l’ancien site de la KBC qu’iels maintiennent depuis le mois de Juillet.

Nous y discuterons hébergement indépendant de logiciel, réseaux pair à pair, médias militants, biohack, algorithmes utilisés par les administrations.

Nous espérons des rencontres venant de toute l’Europe et de Belgique, et de belles contributions créatives exposition ateliers sur la désinformation dans le cadre du Glassroom project, performances en soirée, repas partagés et Vegan.

Programme et détails :

FR : https://ps.zoethical.org/pub/offdem-o2-programme-fr

EN : https://ps.zoethical.org/pub/offdem-activities

Les enfants sont bienvenus un espace leur est dédié

La fabrique de la violence technique

Aux origines matérielles de l’impuissance

Le changement n’arrive que par l’action, mais l’action la plus simple semble inatteignable. Les producteurs de technologies restons pris dans les modèles de fonctionnement dominants, malgré notre conscience de la réalité de la situation : nos actes continuent de porter la destruction au-delà des frontières.

Les infrastructures qui organisent nos communications et la production industrielle sont aux mains d’acteurs qui semblent hors d’atteinte. Si les activistes contemporains n’ont jamais eu autant de moyens pour s’organiser, les échelles de destruction et la violence du complexe militaro-industriel est, elle, exponentielle, laissant à peine quelques interstices pour notre action.

Nous savons aussi par expérience que les réappropriations récurrentes de tous nos modèles communautaires par un système insatiable montrent la puissance de nos capacités associatives. Ce schéma de la cooptation par l’industrie se répète inlassablement. « Leur radar à ressources détecte ce qui peut être pompé gratos et vient sucer l’énergie, selon le fameux principe : Étreindre, Étendre, Éteindre. »
 [1]

De la violence systémique au cannibalisme technologique

Nous constatons, dans notre monde ultralibérticide, éperdument capitaliste : tout ce que notre système de production touche est immédiatement détruit, tout comme le légendaire roi Midas qui transformait en or tout ce qu’il touchait, jusqu’à ne plus savoir ni manger ni boire. Ces conséquences fatales sont portées par l’ensemble des écosystèmes et par les personnes les plus vulnérables de notre société.

C’est un fait largement admis : nous avons du sang sur les mains, chaque jour notre confort est assuré par des militaires qui surveillent les mines, pilotent les drones qui effaceront des vies à travers un écran, hors de vue, hors-sensible, financés par des « programmes structurels » visant à « défendre » l’accès à « nos territoires », par des politiciens qui délèguent les atrocités à des « régimes » mis en place et maintenus par des forces de coercition « diplomatiques », « commerciales » et « démocratiques ». La propagande est inextinguible sur les bienfaits de « la » civilisation — la nôtre, mais reste silencieuse sur ses charniers — les leurs. Le semblable est ce qui nous ressemble et que l’industrie peut assembler ; au-delà de cette distinction utilitaire, on tombe dans l’invraissemble – pourtant la norme. Pourtant cette réalité est le plus souvent impossible à aborder au cœur de nos organisations, et nous venons de passer un cap où le discours du pouvoir « sauve les vies une par une » alors que, pendant ce temps, on cherche encore, vainement, des solutions technologiques aux problèmes sociaux. Car la propagande s’évertue, avec une facilité et un succès déconcertants, à faire porter tout le poids de la responsabilité du système aux individus – non pas collectivement, en masse, mais bien solitairement, de manière détachée, intimement accusé·e, à l’individu atomisé par ce système qui le déconstruit.

La proposition à OFFDEM est de faire confiance aux capacités et savoirs de nos réseaux de résistance, seuls capables d’habiter les interstices, de nouer des liens selon d’autres modalités, vivantes, pérennes ; face à la pression insurmontable, faire un pas de côté et effacer le fardeau en le laissant choir sous son propre poids pour en considérer les facettes qui restent habituellement invisibles : ces ficelles tirées et effilochées, ces mots vides de sens, ces actionnaires sans agir, ces financiers sans épaisseur, ces miroirs sans tain où se reflètent la vacuité des discours accusateurs et démotivants ; puis regarder, depuis les remblais où nous sommes, le train du progrès et de la croissance passer, fonçant vers une montagne dont le tunnel au bout des rails, pourtant bien réels, vient d’être peint par un espiègle Geococcyx californianus qui se délectera avec le public de la compaction dévastatrice de la crise ultime — si jamais le public y survit. Sur les remblais poussent des herbes, fragiles et assoiffées, colportant le sifflement des vents même après la catastrophe.

OFFDEM et THX sont les points de reliance où nous continuerons ensemble et la pensée et la construction des outils, des méthodes, du collectif, qui permettront de faire ce pas de côté dont nous parlons tout le temps ; bifurquer, tirer un frein, poursuivre ailleurs, autrement, ici et maintenant…

Quelles sont les conditions pour se soustraire à la pression systémique ? Nous les imaginons dans le collectif. Nous les souhaitons hors du compromis. Nous les savons soumises à l’inertie et aux tentacules du réel. Loin de les résumer à une vie recluse derrière un écran, entre quatre murs, derrière un moteur à explosion ou à-côté d’un autre à réaction, ou entourée d’hommes en armes, nous les concevons, intimement, aussi comme propices à une autre relation au monde, soumises à un désir de vivre ensemble, à la volonté d’un bien vivre.
 [2]

Ce qui est vivant se déphase pour n’être plus soi-même—et c’est ainsi qu’il le reste. Le pas de côté, c’est ce déphasage, cette force du vivant de ne rien accepter de l’inéluctable, de le rendre caduque à chaque fois qu’il vient annoncer son triomphe. La vie est ce qui
résiste à l’entropie, à l’homogénéisation ultime, l’uniformisation du monde vers le sable du temps, la fin annoncée de l’univers ; mais en attendant, nous sommes là, ici et maintenant, partout pour affirmer des mondes vivants compossibles.


Notes

[2buen vivir est un concept inscrit dans la constitution de l’Équateur, la première d’un État-nation à reconnaître des droits à la vie non-humaine en 2008. Depuis les années 1990, sumak kawsay, un néologisme Quechua, est devenu un projet politique qui vise à accomplir le bien-être collectif, la responsabilité sociale dans la relation des humain·e·s à la nature, et la fin de l’accumulation incessante du capital. (https://en.wikipedia.org/wiki/Sumac_Kawsay)
Le concept de bien vivre inclut l’idée d’interdépendance de la société et de la nature ainsi qu’une conception de l’universel comme pluralité. (https://sci-hub.st/10.1016/j.ecolecon.2014.02.017)

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