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Raison de la mise en attente :

La Blague du Suffrage Universel

posté le 04/04/22 par Mauricius (l’anarchie) Mots-clés  antimilitarisme  économie  histoire / archive  luttes sociales  répression / contrôle social 

La Blague du Suffrage Universel

Recueil succint d’arguments antiparlementaires

* * *

Qu’est-ce que la loi ?

La religion avait déclaré que l’homme portait l’hérédité du péché originel, et que, mauvais et corrompu dès sa naissance, ne pouvant se conduire lui-même raisonnablement, il fallait que Dieu, par l’intermédiaire de ses inspirés, lui indiquât la loi qu il devait suivre. Cette loi était remise en dépôt à l’Eglise qui devait la faire respecter.

Mais la loi divine, spirituelle et morale, dégénéra vite en des règlements temporels.

L’autorité naquit, religieuse d abord, royale ensuite. Elle était toujours basée sur ce principe que l’homme déraisonnable et mauvais avait besoin de guides.

Les prêtres, puis les rois de droit divin furent ces guides.

Prétendant être les échos du Dieu tutélaire et ses représentants, la loi qu’ils édictaient ne pouvait qu’être bonne, juste et logique.

Mais l’on s’aperçut que prêtres et rois étaient des hommes semblables aux autres, que Dieu lui-même n’était qu’un incohérent mensonge, et qu’il n’y avait par conséquent aucune raison pour que la loi émanant de cette autorité fut la règle immuable et supérieure à laquelle les hommes devaient obéir.

C’est alors que la bourgeoisie ayant sapé l’autorité divine, inventa le suffrage universel.

La loi allait devenir l’expression de la volonté générale.

Or, et nous allons le démontrer, la loi, telle qu’elle est fabriquée actuellement, n’est ni l’expression de la volonté générale, ni l’expression de la vérité ; elle est conçue, faite, promulguée, appliquée suivant des méthodes étrangères à la raison, et ne peut, en conséquence, donner que des résultats déplorables.

La loi n’est pas l’expression de la volonté générale

En effet, on ne demande pas aux électeurs leur volonté, ni leurs désirs, ni ce dont ils ont besoin, on leur demande uniquement de mettre un nom sur un rectangle de papier. Il serait étrange que leurs aspirations fussent identiques, non seulement à celles de l’élu, mais encore à celles de tous les électeurs qui ont voté semblablement.

Il y a en France à peu près un millier de parlementaires et 38 millions d’habitants. Chaque parlementaire représente donc les idées, les désirs et les intérêts de 38.000 Français. Nous demandons aux gens de bon sens si cela est possible.

Bien plus, la loi n’est même pas l’expression de la volonté de ce millier de parlementaires, qui ne sont pas du tout d’accord entre eux. Les textes sont votés à la majorité, après discussion et conciliation, ce qui veut dire que la loi n’est l’expression intégrale de la volonté de personne.

Le système parlementaire est absurde

En effet, de deux choses l’une : ou les hommes sont raisonnables ou ils ne le sont pas.

S’ils sont raisonnables, ils n’ont pas besoin de lois extérieures à eux, trouvant en eux-mêmes la raison d’une conduite convenable.

S’ils sont déraisonnables, comment pourront-ils nommer des députés raisonnables, et qu’est-ce qui prouvera que les élus sont plus raisonnables que les électeurs.

S’il y a des règles de conduite que les hommes doivent suivre dans leur relations sociales, ces règles doivent être déterminées par l’étude des besoins humains et des lois naturelles, et non par le vote d’une majorité d’ignorants.

L’autorité parlementaire est un danger constant

En effet, les opinions émises par les parlementaires ne sont pas de simples opinions, discutables et réfutables. Les citoyens n’ont pas le droit de les accepter ou de les refuser.

Ils sont contraints, obligés, sous peine d’amende, ou de prison, à les admettre et à les observer.

Ces opinions peuvent être contraires à toute vérité, elles peuvent léser les intérêts, violer les libertés, du moment qu’elles sont édictées par les hommes du parlement, elles deviennent la règle de conduite de tous les citoyens, elles deviennent la loi, c’est-à-dire — exactement comme sous l’autorité religieuse et royale — l’opinion de quelques hommes imposée à tous les autres par la force.

Les gens que vous nommez, oh électeurs ! disposent de votre argent, de votre liberté et de votre vie, et vous n avez rien à dire puisqu’on votant vous leur avez donné tous ces droits là.

La Chambre vient de voter une nouvelle dépense de 217 millions pour le Maroc, ce qui porte à un milliard 125 millions l’argent dépensé pour cette expédition. Vous a-t-on demandé, contribuables, si tel devait être l’emploi de votre argent ?

Le Sénat a voté une loi interdisant, sous peine de prison, la propagande néo-malthusienne.

Est-ce vous, oh femmes, qui avez donné au 300 eunuques du Luxembourg, la permission d’entrer dans votre alcôve pour y voir si vous ne fraudez pas la volonté de ces débris qui vous ordonnent de procréer ?

Le parlement a voté la loi de trois ans. — Est-ce vous, jeunes hommes de 20 ans, qu’on a consulté pour savoir la durée de service militaire que vous devez accomplir ?

Eh quoi, vous ne savez donc pas, citoyens, comment dépenser votre argent ; vous avez besoin qu’on vous oblige à faire des enfants même si vous n’en voulez pas ; vous permettez que, sans rime ni raison, on vous envoie trois année pourrir dans des casemates, ou qu’on vous expédie dans le charnier marocain.

L’autorité que vous avez donnée à vos élus, est pour vous un danger permanent, une menace perpétuelle.

La politique est le jouet de la finance

Il m’est impossible, en ces quelques pages, de narrer toute l’histoire financière de ces derniers temps, et de montrer les liens étroits qui enchaînent la politique et la finance. (Les camarades que cela intéresse, liront avec profit, la Démocratie et les Financiers, de F. Delaisi, prix : 2 fr. 50, et ma brochure : A bas l’autorité ; 0 fr. 20, à l’anarchie.)

Je ne dirai que deux mots sur le scandale Rochette.

On a vu ce financier, voler pendant des années impunément grâce à l’appui de Rabier, vice-président de la Chambre, et de Raymond Poincaré, devenu Président de la République, ses deux avocats ; puis réaliser un coup de Bourse formidable en jouant à la baisse et en se faisant arrêter avec la complicité de Clemenceau, Briand, Lépine et Yves Durand.

Nous l’avons vu ensuite se faire mettre en liberté, puis obliger le ministre Caillaux et le président du Conseil Monis, à circonvenir le procureur Fabre et le président Bidault de l’Isle, et à reculer son procès afin d’émettre 60 millions de valeurs en gélatine.

Cette affaire a révélé la corruption parlementaire, la servilité de la magistrature, et l’entente parfaite de tous les membres de cette « République des Camarades « , qui pourrait s’appeler la « République des appétits ».

Objection : En ne votant pas, on fait le jeu de la réaction.

Il faudrait s’entendre sur ce qu’on appelle « réaction ».

Nous croyons, nous, anarchistes, que le gouvernement quelle que soit son étiquette est fatalement conservateur.

Il ne peut pas toucher à la propriété, fondement et base des sociétés modernes.

Les prétendues réformes sont des mensonges et des blagues.

Quand au bout de vingt ans de parlotte on accouche d’une loi, soi-disant avancée, elle est immédiatement rendue vaine par le jeu même du capitalisme.

Sur la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat qui était dans le programme de Gambetta, en 1869, et qui a mis quarante ans pour être réalisée, Mgr Gély écrit dans la Croix du 27 août 1911 :

« La Séparation a donné une vie nouvelle à l’Eglise, ses associations se multiplient, son esprit pénètre les milieux intellectuels, les grandes écoles, l’Etat, l’armée, d’autant que les travailleurs (croyant que la loi a tué l’Eglise) ne font plus d’anticléricalisme. »

La loi des retraites ouvrières a fait se soulever même les électeurs.

L’impôt sur le revenu sera une blague de ce calibre, à moins que le gouvernement ne fasse voter la taxation des loyers et des vivres, mais de cela nous le défions, car toute loi qui touchera à la propriété sera un geste de révolution.

Or, le Gouvernement est par définition conservateur et non révolutionnaire ; il s’ensuit que la réaction gouvernementale est constante quelle que soit l’étiquette de ses membres, et qu’elle est en proportion de l’action des gouvernés.

Les républicains les plus rouges : les Clemenceau, les Briand, les Caillaux, héros de Courrières, de Raon-l’Etape, de Draveil, de Villeneuve-Saint-Georges ont été aussi, et peut-être plus féroces dans la répression que les membres de la droite.

Les socialistes qui ont soutenu les ministères Waldek-Rousseau, Poincaré, Caillaux, qui ont voté la loi Berry-Millerand, qui se déclarent patriotes et qui s’allient avec les cléricaux ou les radicaux, nous apparaissent aussi réactionnaires que les autres.

La forme gouvernementale nous importe peu, les balles tricolores ont percé les ventres ouvriers comme les balles fleurdelysées, les capitalistes juifs, francs-maçons et républicains nous exploitent au même titre que les capitalistes catholiques.

Le parlementarisme est impuissant à changer la base sociale, il est un puissant moyen de donner des illusions au peuple, et de l’empêcher de se révolter.

Le citoyen Jaurès, président de la commission d’enquête de l’affaire Rochette, a rédigé les conclusions suivantes :

« Cette affaire a révélé l’influence démesurée de la finance, même la plus base, la confusion de la finance, de la presse et du pouvoir. Tous les partis sont exposés à ces accidents regrettables. »

« Tous, surtout ceux qui sont au pouvoir, sont exposés à ces influences pernicieuses et les oppositions elles-même, à mesure que leur influence grandit, ne sont pas assurées d’y échapper . »

N’est-ce pas dire, en termes explicites, que lorsque le socialisme parlementaire aura pris plus d’extension il fera faillite aux promesses socialistes, comme la République a fait faillite aux promesses républicaines.

N’est-ce pas dire nettement que tout les partis se valent et que le pouvoir est une chose dangereuse et mauvaise.

Conclusions

La loi n’est pas et ne peut pas être l’expression de la volonté générale, ni même celle du plus grand nombre.

Elle est incompatible avec des règles de conduite logiques, qui doivent découler uniquement des besoins humains, et déterminer les moyens de produire le plus possible avec le minimum d’efforts, en employant la méthode scientifique, et non la méthode absurde des majorités.

Les parlementaires entraînés par la machine financière, ne peuvent se dégager de son influence, ni rien changer au régime d’exploitation.

Les lois dites sociales sont des blagues qui font perdurer les illusions et les espoirs, mais qui sont incapables de toucher à la propriété.

Un socialiste au pouvoir est par cela même aussi conservateur qu’un royaliste.

Si les travailleurs ne votaient point, ils prendraient conscience de leur force. Au lieu d’attendre le salut des politiciens, ils ne l’attendraient que d’eux-mêmes.

L’abstentionniste conscient, n’est pas un indifférent, c’est un révolté.

Il dit aux hommes :

Si vous êtes déraisonnables, c’est parce qu’existent l’autorité et la propriété.

Dans un milieu sain, dans le bien-être et la liberté, vous seriez bons, justes et raisonnables.

La concurrence, corollaire fatal de la propriété individuelle, fait que les hommes sont des loups entre eux.

Nous voulons la remplacer par la camaraderie, corollaire de la propriété commune.

L’autorité, puissance brutale, opprime, écrase, lèse et tyrannise.

Nous voulons la remplacer par la science, qui établira entre les hommes des relations fraternelles.

ELECTEUR,

Ne fréquente plus les réunions électorales ; déserte les urnes, où vivent le mensonge, la corruption, l’ignorance et l’autorité.

Lis nos journaux, fréquente nos groupes, instruis-toi pour connaître la vérité, la franchise et la liberté.

Et, homme libre, tu aideras à former d’autres hommes libres, qui finiront bien un jour par réaliser l’anarchie ou état d’une société sans maître et sans esclaves.

Mauricius.

l’anarchie N° 469 Jeudi 9 Avril 1914


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