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Raison de la mise en attente :

L’antifascisme : formule de confusion

posté le 13/02/22 par La légende de la gauche au pouvoir Mots-clés  antifa 

« L’antifascisme : formule de confusion.

L’expérience démontre, et cela anéantit la possibilité de distinction entre fascisme et capitalisme, que la conversion du capitalisme en fascisme ne dépend pas de la volonté de certains groupes de la classe bourgeoise, mais répond à des nécessités qui se rattachent à toute une période historique et aux particularités propres à la situation d’Etats se trouvant dans une situation de moindre résistance aux phénomènes de la crise et de l’agonie du régime bourgeois. Les expériences d’Italie et d’Allemagne peuvent — dans la mesure où une séparation étanche est possible — nous mener à cette conclusion : lorsque le capitalisme se voit obligé de passer à l’organisation fasciste de la société, les bataillons fascistes fournissent les troupes de choc qui se dirigent contre les organisations de classe du prolétariat. Les formations politiques démocratiques de la bourgeoisie affirment alors une opposition au fascisme, laquelle a pour but d’appeler le prolétariat à confier la défense de ses institutions aux lois démocratiques et aux institutions. En outre, la social-démocratie, qui agit dans le même sillon que les forces libérales et démocratiques, appelle également le prolétariat à poser comme revendication centrale le recours à l’Etat pour obliger les formations fascistes à respecter la légalité, pour les désarmer ou même pour les dissoudre. Ces trois courants politiques agissent sur une ligne parfaitement solidaire : leur source se retrouve dans la nécessité pour le capitalisme d’aboutir au triomphe du fascisme, là où l’Etat capitaliste a pour but d’élever le fascisme jusqu’à en faire la forme nouvelle d’organisation de la société capitaliste.

Puisque le fascisme répond à des exigences fondamentales du capitalisme, c’est sur un autre terrain opposé que nous pourrons trouver une possibilité de lutte réelle contre lui. Il est vrai qu’aujourdhui, nous nous exposons souvent à voir falsifier des positions que nos contradicteurs ne veulent pas combattre politiquement. Il suffira, par exemple, de s’opposer à la formule de l’antifascisme (qui n’a aucune base politique), parce que les expériences prouvent que, pour la victoire du fascisme, les forces antifascistes du capitalisme ont été aussi nécessaires que les forces fascistes elles-mêmes, pour s’entendre répondre : « peu importe d’analyser la substance programmatique et politique de l’antifascisme, ce qui nous intéresse, c’est que Daladier est préférable à Doumergue, que ce dernier est préférable à Maurras, et, dès lors, nous avons intérêt à défendre Daladier contre Doumergue, où Doumergue contre Maurras. Ou, selon les circonstances, Daladier ou Doumergue, puisqu’ils représentent un obstacle à la victoire de Maurras et que notre devise est « d’utiliser la moindre fissure dans le but de gagner une position d’avantage pour le prolétariat ». Evidemment, les événements d’Allemagne, où les « fissures » que pouvaient représenter d’abord, le gouvernement de Prusse, ensuite Hindenburg-von Schleicher, n’ont été, en définitive, qu’autant d’échelons permettant l’ascension du fascisme, sont de simples bagatelles dont il ne faut pas tenir compte. Il est entendu que nos objections seront taxées d’antiléninistes où d’antimarxistes ; on nous dira que, pour nous, il est indifférent qu’il y ait un gouvernement de droite, de gauche ou fasciste. Mais, à ce dernier sujet, nous voudrions, une fois pour toutes, poser le problème suivant : tenant compte des modifications survenues dans les situations de l’après-guerre, la position de nos contradicteurs qui demandent au prolétariat d’intervenir pour choisir entre les formes de l’Etat capitaliste, la moins mauvaise, ne reproduit-elle pas la même position défendue par Bernstein appelant le prolétariat à réaliser la meilleure forme de l’État capitaliste ? L’on nous répondra peut-être que l’on ne demande pas au prolétariat d’épouser la cause du gouvernement pouvant être considérée comme la meilleure forme de domination... au point de vue prolétarien, à tel point d’imposer au capitalisme une forme de gouvernement démocratique. Dans ce cas, l’on ne ferait que modifier les phrases et le contenu resterait le même. En effet, si réellement le prolétariat est en condition d’imposer une solution gouvernementale à la bourgeoisie, pourquoi devrait-il se borner à un tel objectif au lieu de poser ses revendications centrales pour la destruction de l’État capitaliste ? D’autre part, si la force ne lui permettait pas encore de déclencher son insurrection, l’orienter vers un gouvernement démocratique, n’est-ce pas l’aiguillonner sur une voie permettant la victoire de l’ennemi ?

Le problème n’est certainement pas comme le voient les partisans du « meilleur choix » : le prolétariat a sa solution du problème de l’Etat, et il n’a aucun pouvoir, aucune initiative en ce qui concerne les solutions que donnera le capitalisme au problème de son pouvoir. Il est évident que, logiquement, il y aurait avantage à trouver des gouvernements bourgeois très faibles permettant l’évolution de la lutte révolutionnaire du prolétariat ; mais il est tout aussi évident que le capitalisme ne constituera des gouvernements de gauche et d’extrême-gauche, qu’à la condition que ces derniers représentent la meilleure forme de sa défense dans une situation donnée. En 1917-1921, la social-démocratie accédant au gouvernement réalisa la défense du régime bourgeois et fut la seule forme permettant l’écrasement de la révolution prolétarienne. En considérant qu’un gouvernement de droite aurait pu directement orienter les masses vers l’insurrection, les marxistes devaient-ils préconiser un gouvernement réactionnaire ? Nous formulons cette hypothèse pour prouver qu’il n’existe pas de notion de forme de gouvernement meilleure ou mauvaise valable en général pour le prolétariat. Ces notions existent seulement pour le capitalisme et suivant les situations. La classe ouvrière a, par contre, le devoir absolu de se regrouper sur ses positions de classe pour combattre le capitalisme sous la forme qu’il revêt concrètement : fasciste, démocratique ou social-démocratique.

La première considération essentielle que nous ferons en regard des situations actuelles, sera la proclamation ouverte que le problème du pouvoir ne se pose pas aujourd’hui d’une façon immédiate pour la classe ouvrière, et qu’une des manifestations les plus cruelles de cette caractéristique de la situation est le déclenchement de l’attaque fasciste, ou l’évolution de la démocratie vers les pleins pouvoirs. Dès lors, il s’agit de déterminer sur quelles bases pourra s’effectuer le rassemblement de la classe ouvrière. Et ici une conception vraiment curieuse va séparer les marxistes de tous les agents de l’ennemi et des confusionnistes qui agissent au sein de la classe ouvrière. Pour nous, le rassemblement des ouvriers est un problème de quantité ; le prolétariat ne pouvant s’assigner pour but immédiat la conquête du pouvoir, se rassemble pour des objectifs plus limités, mais toujours de classe : les luttes partielles. Les autres, qui afficheront un extrémisme de bluff, altéreront la substance de classe du prolétariat et affirmeront qu’il peut lutter pour le pouvoir à n’importe quelle époque. Ne pouvant poser ce problème sur ses bases de classe, c’est-à-dire sur la base prolétarienne, ils l’émasculeront substantiellement en posant le problème du gouvernement antifasciste. (Bilan, Bulletin théorique mensuel de la Fraction de gauche du P.C.I., 1934, Paris-Bruxelles.) »

(…)

« Les questions : fascisme-antifacisme, hitlérisme, guerre au communisme, défense de la démocratie, seront des questions de deuxième ordre, c’est-à-dire qu’elles serviront aux différents belligérants pour masquer les vrais buts de guerre, mais ne constitueront nullement les objectifs réels des impérialistes. »

(…)

« Si la vigilance et la volonté de lutte des ouvriers n’avaient pas dépassé le degré d’antifascisme des gouvernants, porte-parole du Front Populaire, il est certain que le fascisme espagnol serait vainqueur depuis longtemps. »

La thèse centrale du marxisme sur la conquête du pouvoir et suivant laquelle tout gouvernement capitaliste a une fonction spécifiquement et uniquement anti-prolétarienne, est remplacée par l’autre thèse du gouvernement obligé par les ouvriers à réaliser la politique contre-nature de la lutte antifasciste.

Au cours de la polémique contre notre fraction, Hennaut nous a souvent reproché notre schématisme, notre prétendu anti-marxisme, parce que nous nous obstinions à considérer que le dilemme fascisme — antifascisme reste dans les limites de la société capitaliste, de la domination bourgeoise et que la seule voie de salut qui s’offrait au prolétariat, c’était la lutte de classe contre l’Etat capitaliste, celui de Franco tout autant que l’autre de Caballero. »

(…)

« L’appréciation de la situation avait évidemment une importance capitale car, suivant que l’on y découvrait les caractères révolutionnaires ou non, en résultait l’appel aux ouvriers pour participer en masse à la guerre « antifasciste » parce que « la lutte conséquente contre Franco pose le problème de la destruction du capitalisme », ou l’alerte aux ouvriers sur le cruel traquenard qu’on leur tendait, afin qu’ils se dirigent vers la transformation en guerre civile contre le capitalisme des deux guerres fasciste et antifasciste, les deux expressions actuelles de la guerre civile du capitalisme contre le prolétariat. »

(…)

« LE MARTYRE DE LA TUNISIE.
ANTIFASCISME ? UN MOT ET UNE DUPERIE.
...

Récapitulons.
En 1911, le sang coule à Tunis, parce que le gouvernement veut, sans aucun droit, immatriculer un cimetière musulman.
En 1912, exil de Jeunes Tunisiens.
1914-1918, 60 000 tirailleurs tunisiens sont tués... en défendant la « mère patrie ».
1924. Le sang ouvrier coule à Bizerte, 2 dockers sont tués par la police.
1925. La C.G.T.T. est dissoute, 6 de ses militants condamnés de 5 à 10 ans de bannissement.
1933. Année de la lutte contre les naturalisés français, 1 tué au cimetière de Sidi-el-Mezri ; 2 à Monastir ; 8 indigènes condamnés à 2 ans de prison chacun.
1934. Victimes à Ksar Hellal, Moknine, Teboulba, tombées dans la lutte contre la naturalisation.
1934. Déportation aux confins du Sahara, dans l’espoir qu’ils ne reviendront pas, des militants nationalistes tunisiens et autres.
1936. Front Populaire est né.
Les prisonniers — qui ne sont pas morts — sont rendus à la liberté. Les morts seront vengés…
Ça a changé, en effet :
Mars 1937 : 17 tués à Metlaoui.
Mars 1937 : 3 tués à M’Dillah.
Juillet 1937 : 2 tués à Djerissa.
Janvier 1938 : 6 tués à Bizerte.
Avril 1938 : 22 tués à Tunis, a dit M. Guillon à Radio-Cité le 18 mai, mais il a menti.
Avril 1938 : Tout ce qui en Tunisie vibre et veut la liberté est en prison !
Voulez-vous comptez avec moi, camarades de la C.G.T., partie prenante du Front Populaire, qui deviez venger les morts de Tunisie :
50 morts OFFICIELS, à porter uniquement au compte du Front Populaire, et plus de 500 blessés.
Au 15 juin :
285 condamnations fermes, 360 années de prison, 190 000 francs d’amende, qui se transformeront sans doute en années de prison.
Plus de liberté d’aucune sorte, pour les hommes dignes de ce nom.
Qu’est-ce cela, sinon du fascisme ?

ANTIFASCISME ? UN MOT ET UNE DUPERIE

Oui, l’antifascisme n’est qu’un mot et une duperie.
Pendant qu’au nom de l’antifascisme, on s’acharne à réprimer tout un peuple après l’avoir poussé à des solutions de désespoir, on laisse les fascistes faire bien tranquillement leurs petites affaires.
Les fascistes italiens font tout ce qu’ils veulent en Tunisie sans être le moins du monde inquiétés.
On ne fait rien contre l’O.V.R.A., cette police politique secrète italienne, qui traque les réfugiés.
Rien pour la suppression des « dopolavoro », qui sont de véritables foyers du fascisme.
Rien contre le port des insignes, les défilés des ballilas et projections de films de propagande fasciste.
Rien pour essayer de découvrir les auteurs de l’attentat qui, le 15 décembre 1937, coûta la vie au réfugié politique Ugo Tarano... (La révolution prolétarienne, n° 273, 25 juin 1938.) »

extraits repris de La légende de la gauche au pouvoir - Le front populaire - Ed. La Tête de Feuilles (1973)


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